Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 14:19

Ci-dessous, le compte-rendu de la conférence d'ouverture du congrès qui s'est tenu à Lille Grand Palais du 12 au 14 juin 2012 : www.eco-technologies.org

Introduction de Yannick BOUCHER, journaliste à la Voix du nord

La région Nord Pas-de-Calais cumule des handicaps sanitaires et environnementaux. Aussi avons-nous un devoir de réparation pour nous-mêmes et les générations futures.

Des initiatives sont déjà prises car la région occupe le 4ème rang en France au niveau des éco-technologies : 20.000 emplois et environ 4 milliards de Chiffre d’Affaires.

L’économie verte est porteuse de croissance économique, d’autant que les effets des changements climatiques se sont déjà faits sentir ; et qu’une mobilisation s’impose pour faire face à la montée du niveau de la mer : d’où des défis majeurs à relever dans des régions comme les Wateringues et l’Escaut.

Intervention de Jean JOUZEL, climatologue, vice-président du GIEC

 Le problème du réchauffement climatique est devant nous :

- Les activités humaines ont élevé les niveaux de gaz à effet de serre (le CO2 ou Gaz carbonique issu des combustibles fossiles – CH4 ou Méthane issu des décharges, des ruminants, … - N2O ou Protoxyde d’azote issu des engrais, fumiers, fossiles …).

- La température a augmenté de 1°C en 100 ans : La décennie 2000 a été la plus chaude depuis 1880 – Le niveau de la mer est monté de 0,20m – Diminution des surfaces englacées – Augmentation de la vapeur d’eau dans l’atmosphère.

- Les causes naturelles du réchauffement (soleil, volcans) n’expliquent pas le réchauffement observé.

Une certitude pour l’avenir = le climat va continuer à se réchauffer. Car  pour le moment, il n’y a pas de mécanisme identifié de diminution de la température : Sur la planète, il a moins de surfaces réfléchissantes, et plus de surfaces de réchauffement.

L’élévation moyenne des températures (+3°C dont +3,5° sur les continents et +7°C en Arctique) a pour conséquences plus de vagues de chaleur, plus de régions avec des sécheresses, plus de risques d’inondations, plus de précipitations intenses, plus de cyclones tropicaux intenses, une élévation du niveau de la mer, une acidification des océans (nocive pour les récifs coralliens) ; et évidemment des effets sur la santé, l’agriculture, et les écosystèmes.

Des incertitudes demeurent néanmoins : L’importance des émissions ? L’ampleur du réchauffement ? Le rôle des nuages et des aérosols ? L’évolution de la calotte glaciaire ? Les surprises climatiques (inversion de courants marins comme le  Gulf Stream) ?

Face aux défis qui sont devant nous, nous savons ce qu’il faut faire :

- Stabiliser à 450 ppm le niveau de Gaz à Effet de Serre (GES) dans un délai convenable : Diminuer les émissions de moitié en Europe ; et diviser ces émissions par 3 au niveau mondial à horizon 2050 ;

- S’adapter aux nouvelles conditions climatiques.

Intervention de Jean-Christophe VICTOR, fils de Paul-Emile Victor

L’expert en géopolitique illustre par de nombreux graphes l’urgence d’une transition écologique qui est aussi une transition économique.

- La croissance démographique mondiale grâce à l’évolution de l’hygiène publique à partir du 20ème siècle ; et l’évolution de la répartition sur les grands territoires.

- Le ralentissement de la population : stabilisation à  9 ou 10 milliards d’habitants.

- La modification de l’espérance de vie : le vieillissement de la population (l’âge médian passerait de 30 ans actuellement à 34 ans en 2030 ; et au-delà en 2050) (l’âge médian européen passerait de 40 ans actuellement à 45 ans en 2030).

Nécessité d’arbitrages budgétaires : ex. Privilégier les bourses pour les étudiants, ou les prothèses de hanche ?

Le redéploiement de la richesse mondiale vers la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie, le Nigéria ; et toutes les conséquences au niveau :

Géopolitique : migrations, réfugiés climatiques, et disponibilité des ressources (eau, sols);

Le classement des pays en % de la richesse mondiale ;

- L’évolution du % de la classe moyenne dans le monde : rétrécissement prévu en Europe ; et au contraire élargissement en Chine, Inde, Brésil, Turquie, Nigéria.

- La prédominance à moyen terme des énergies carbonées (Pétrole, Charbon, Gaz) ; et la faible évolution des énergies renouvelables.

- L’évolution du parc de véhicules routiers ; et des constructions d’infrastructures routières.

- L’empreinte écologique mondiale :

o   La fonte des glaces en Arctique est une réalité avec la modification des modes de vie des habitants et des animaux.

o   Les émissions de CO2 dépassent la capacité d’absorption de la planète.

o   L’exploitation prévue des ressources énergétiques (pétrole, gaz) du Groenland (1ère victime mais aussi 1er gagnant d’où le paradoxe).

Les éco-technologies sont nécessaires mais non suffisantes. Elles apportent certes des solutions ; mais c’est surtout une évolution des mentalités et des comportements qu’il faut opérer (d’où l’importance de l’éducation et de la formation) :

- Freinés par les lobbies et habitudes, ce n’est donc ni simple, ni rapide.

- D’autant que les calendriers sont en contradiction : le « financier » est très rapide – le « démocratique » (politique et médiatique) est trop court – « l’industriel » est à moyen terme – « l’environnement » (le calendrier de nos enfants) est à long terme.

Si le niveau d’alerte est grand, il n’est pas trop tard. Gardons confiance pour l’avènement d’une économie verte, source d’emplois. Faisons évoluer les indicateurs en intégrant les conséquences et pertes pour les générations futures (Passer du Produit Intérieur Brut au Produit National Net).

La décennie actuelle est clé compte tenu de l’inertie du climat et de la fragilité des écosystèmes. Plus le réchauffement sera important, et plus l’adaptation sera difficile.

Les négociations internationales (ex. Rio) sont complexes de part les différences de niveaux scientifiques, économiques, historiques ; et des revanches historiques. L’Organisation Mondiale de l’Environnement (OME) devrait être dotée de capacité de sanctions.

A noter l’appétit des médias pour les climatosceptiques.

nb : Un site intéressant : http://www.lepac.org/

Intervention de Paola MIGLIORINI, DG Environnement à la Commission Européenne

La commission européenne soutient les politiques environnementales, les solutions éco-innovantes, et les infrastructures vertes.

Elle soutient également les achats publics de solutions éco-innovantes.

Intervention de Valérie DAVID, directrice Développement Durable – EIFFAGE

La planète a un cancer. Il y a des remèdes, mais encore faut-il accepter d’évoluer.

La stratégie d’Eiffage intègre désormais le fait que la taxe carbone pourrait revenir. D’où la démarche de rupture et d’anticipation pour sauvegarder dans le temps nos métiers du BTP (ex. Construction de pans de ville en développement durable - Le recrutement d’écologues – Le projet Phosphore qui consiste à faire de la prospective en développement durable pour définir et réaliser la ville de demain). Il y a d’ailleurs un vivier d’emplois en développement durable dans le secteur du BTP.

Le rêve patrimonial abouti du français est d’être propriétaire à la campagne d’une maison avec jardin. Ce qui explique la disparition et l’artificialisation de sols agricoles ; la perte de zones naturelles (1500 hectares par an dans la région Nord Pas-de-Calais) ; l’extension des réseaux routiers … .

En ville, le foncier étant rare et cher, il faut reconstruire la ville sur la ville. D’autant que les pays européens s’appauvrissent.

A un endroit donné, il faut choisir les meilleures solutions pour faire face et anticiper les changements climatiques. Le poids des critères environnementaux et de performance énergétique  doit être plus élevé dans les  appels d’offre. Comme en Allemagne (Land d’Hambourg), la coopération entre acteurs publics et privés doit être renforcée pour sélectionner les solutions les plus vertueuses au niveau environnemental.

L’usage est également très important ; et nécessite des changements comportementaux :

- On vit plus vieux ; mais pas forcément mieux : Espérance de vie en bonne santé ?  Perte d’autonomie.

- Il n’y a pas de place pour tous dans les EPAHD ; ou c’est trop cher ;

- Il y a de la demande pour des services de proximité, des éco-quartiers, des résidences intergénérationnelles  

Il faut donc intégrer les nouveaux besoins, et les évolutions sociologiques :

- En proposant des logements évolutifs dont la configuration peut varier dans le temps pour prolonger sa durée de vie : Pouvoir accueillir une famille recomposée – Isoler une pièce pour un étudiant ou une personne dépendante … .

- En construisant des bâtiments à énergie positive (seulement 1% /an du bâti) ; mais surtout en rénovant les bâtiments existants.

- En favorisant la solidarité énergétique : Mutualiser et équilibrer les consommations et la production d’énergie avec ses voisins ou à l’échelle d’un îlot.

Intervention  de Jean-François CARON (CD2E)

Il y a urgence à réagir car toute année qui passe rend l’adaptation plus compliquée ; d’autant plus qu’il existe des solutions opérationnelles.

La prise de conscience de la nécessité d’évoluer est là ; mais il n’y a toujours pas de changement dans les comportements (aliénation à la consommation). La sobriété individuelle et collective n’a toujours pas beaucoup de succès.

Le rôle des professionnels est de voir où il y a de la demande ;  de connecter l’offre à la demande ; de faire émerger des clusters (grappes en réseau); d’avoir des modèles où le public peut voir et palper les évolutions techniques et les changements comportementaux (modèle biomimétique des lentilles d’eau qui se multiplient très vite à la surface d’un étang une fois l’ensemencement réalisé). Les Collectivités peuvent certainement être « moteur » au niveau de l’aménagement des infrastructures publiques.

Partager cet article

Repost 0
Published by Verlinghem Autrement - dans Développement Durable
commenter cet article

commentaires