17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 18:54

L’agriculture peut-elle nourrir le monde ? Compte-rendu de la conférence de Pascal CODRON, directeur du groupe ISA (Institut Supérieur d’Agriculture), le 8 décembre 2010.

 

Le 21ème siècle sera agricole ou non.

 

En 2005, sur les 6,5 milliards d’hommes, 1 personne meurt toutes les 4 secondes. Qu’en sera-t-il en 2050 avec 9 à 10 milliards d’habitants ?

 

A- Une demande croissante qui nécessite une régulation commerciale internationale 

 

L’explosion démographique a démarré à l’ère industrielle avec l’évolution technologique. Et avec l’élévation du niveau de vie, le régime alimentaire change : augmentation de la demande en céréales, en huiles ; et en viandes (50% de la consommation de porc en Chine).

 

En 2007, les prix agricoles étaient en dessous du prix des intrants. Apparaissent alors les 1ères émeutes de la faim ; ce qui pose un problème de sécurité politique internationale.

 

Et en 2008, les réserves alimentaires mondiales étant faibles (sécheresse en Australie), les prix agricoles sont multipliés par 3 (problème rencontré également en 2010 avec les céréales).

 

La volatilité des prix agricoles nécessite d’avoir un système de régulation mondial : le modèle libéral a montré ses limites en agriculture.

 

Dans les années 1960, les lois d’orientations agricoles visaient à assurer la sécurité alimentaire, et à exporter. Aussi, l’offre actuelle couvre les besoins. La production agricole a été multipliée par 2,6 au cours de la 2ème moitié du 20ème siècle.  En 2009, 1 seul agriculteur nourrit 80 à 100 personnes par rapport à 5 personnes nourries en 1945. On mange bien pour pas cher (13 à 14% du budget consacré à l’alimentation). La balance commerciale agricole est positive : 7 milliards d’€ /an.

 

Dans le monde, la malnutrition touche 1 personne sur 6, soit environ 1 milliard d’individus (besoins journaliers nécessaires normaux = 2500 à 2700 kcal / habitant / jour). Et 90% des malnutris vivent dans les pays du Sud, dont 650 millions sont paradoxalement paysans ! Ainsi, 40 à 55% (ex. Congo) des africains sont sous-alimentés.

 

Comment réveiller la responsabilité et la conscience collectives ?

Quelle politique mondiale mettre en place pour que les paysans africains puissent s’auto-suffire par l’autoconsommation ?

 

De plus, il y a maintenant 1 milliard de véhicules dans le monde (+ 60 millions /an) ; avec une consommation croissante de produits agricoles dans les carburants.

  

B- Des défis qui incitent à l'économie; et à militer pour une stabilité politique  

 

D’ici 2050 pour répondre à la demande mondiale, la production agricole doit globalement être multipliée par 2.

Mais les écarts importants entre continents nécessitent une solidarité internationale :

Besoin de produire plus            è en Afrique (X 5), en Asie (X 2,3), en Amérique du Nord (X 1,3).

 Besoin de produire mieux        è en Europe (X 0,91).

 

Or les surfaces de terres cultivées diminuent d’année en année (L’agriculture utilise 12% des terres émergées au monde - 36% de la surface en France) au profit de l’urbanisation (perte annuelle de 1 million d’hectares de terres cultivées) ; sans parler de la déforestation, de l’érosion et de la perte de fertilité des sols.

C’est pourquoi les Libyens, Chinois, Cambodgiens … achètent de plus en plus de terres cultivables à l’étranger : voir l’article du Figaro « le grand monopoly mondial des terres cultivées » :

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/11/16/04016-20091116ARTFIG00355-le-grand-monopoly-mondial-des-terres-agricoles-.php

 

L’eau douce pour l’irrigation (1 champ sur 7 –  40% de la production agricole) va manquer ; d’où les tensions et conflits entre pays.

http://www.goodplanet.info/Contenu/Points-de-vues/Garantir-l-eau-pour-tous-c-est-proteger-la-paix/(theme)/1410

 

Le stress hydrique (consommation d’eau par rapport aux réserves) s’accentue avec le réchauffement climatique.

 

La consommation d’eau est très variable selon les continents (Américain = 2000 m3 /an  Africain = 200 m3 /an.) : régime carné = 4000 litres d’eau /an – régime végétarien = 1500 litres d’eau /an.

 

Il y a donc nécessité de produire autrement sans détruire ; de développer de nouvelles techniques pour économiser l’eau (1100 litres d’eau pour produire 1 kg de blé) ; et garantir sa qualité : ex. agroforesterie (Plantations d’arbres avec des cultures intercalaires – Programmes de recherche des semenciers pour économiser l’eau ; et mieux résister à la sécheresse ou à la salinité des sols).

http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2010/12/06/1449590.html

 

L’énergie coûte de plus en plus cher : 100 litres d’équivalent pétrole pour produire 1 tonne de blé – Développement de la recherche pour trouver de nouvelles molécules.

 

L’agriculture mondiale est peu mécanisée : 1 tracteur chez 28 millions d’agriculteurs.

 

La consommation d’engrais a diminué de 20% en 10 ans ; tout en augmentant la productivité.

 

Il y a de moins en moins de biodiversité : 150 plantes cultivées dans le monde, mais 12 seulement couvrent 80% des besoins alimentaires – De 2000 à 2006, 1 espèce animale perdue /mois. La biodiversité a une réelle valeur économique.

 

D’après les prévisions de réchauffement climatique prévu en 2050, nous devrions avoir le temps d’Alger à Nice ; et le temps de Nice à Angers.

  

C- Quel(s) type(s) d'agriculture ?  

 

1er chantier = Développer une agriculture écologiquement intensive

-          Développer des systèmes de productions agricoles plus adaptés aux conditions locales; plus compatibles avec l’environnement, la préservation des ressources naturelles, et le réchauffement climatique : ex. semis direct sous couvert – plantations de haies – symbioses mycorhiziennes – agroforesterie … . S’inscrire dans une démarche de durabilité (l'agroécologie).

-          Produire mieux avec moins d’apports (intrants) chimiques.

-          Développer la biomasse.

 

Vidéo Enjeux et Perspectives de l'Agroforesterie

 

2ème chantier = Aider les pays les plus pauvres à relancer leur agriculture

-          Assurer l’autosuffisance alimentaire à tous les agriculteurs.

-          Aménager les territoires ; et développer les circuits logistiques pour permettre la circulation, et la commercialisation des productions.

-          Développer l’agriculture pour lutter contre la pauvreté.

 

3ème chantier : Réguler les marchés agricoles

-          Lutter contre la volatilité des prix, et les spéculations des denrées alimentaires.

-          Plus d’aides directes aux agriculteurs sans contrepartie.

-          L’Europe (2% de la surface de la planète) doit contribuer à l’équilibre et à la sécurité alimentaire mondiale par des stocks d’intervention.

 

4ème chantier : Développer la recherche scientifique

-          Disposer d’un système de contrôle pour encadrer la recherche et les essais (OGM) ; et éviter les départs des chercheurs à l’étranger.  « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (dans Pantagruel de Rabelais).

-     Le risque 0 n’existe pas. Et le principe de précaution peut avoir comme défaut de donner le plus grand poids au plus petit risque potentiel

 

Les enjeux et défis à relever démontrent qu'il faudra innover, changer des mentalités; et qu'il y a manifestement de l'avenir pour l'agriculture.

 

Pour poursuivre la réflexion : Le guide de l'agroécologie en pratiques d'AGRISUD :

http://www.neo-planete.com/2010/10/21/le-guide-de-lagroecologie-en-pratiques/

 

et aussi 

http://www.dailymotion.com/video/xd9i8x_agroforesterie-produire-autrement_tech#from=embed

 

http://www.lamagiedeshaies.com/index.html

 

 

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commentaires

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Merci pour ce magnifique travail si important que vous faites. Salutations émues et reconnaissance.


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