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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 18:00

« L’Agriculture Biologique peut-elle nourrir la planète ? » tel était le thème de la conférence débat du 21/09/2012 au Lycée horticole de Lomme avec Marc DUFUMIER, ingénieur agronome, enseignant chercheur dirigeant la chaire d’agriculture comparée à Agro Paris Tech.

M. Erick Janssens, directeur du lycée horticole, présenta la ferme de Lompret en production Agriculture Biologique (4,5 ha de parcelles de « plein champ » et 8000 m² de serres) avec un magasin de vente ; ainsi que les expérimentations des programmes nationaux (réduction de 50% des pesticides, Ecophyto 2018 – Le développement de la biodiversité, Bioactivia – Le comptage des abeilles, Apiform).

Mme Joly, de l’association Verlin Vers l’Autre, expliqua la genèse de cette conférence : l’expérience vécue en écoutant Marc DUFUMIER à l’école de Sciences Politiques de Lille ; l’esquisse d’un débat avec M.Daubresse et M.Houssin lors du salon du développement durable à la Base de Loisirs Pérenchies Verlinghem en mars 2012 ; le soutien financier du collectif Lys Deûle Environnement ; l’aide d’A PRO BIO au niveau de la communication.

Puis M. Wolf, animateur consultant, devant une salle comble (plus de 200 personnes) exposa ensuite la trame de la réunion : intervention de Marc Dufumier (qui a duré 1h30), suivie d’une table ronde avec des acteurs régionaux et d’un débat.

Dufumier-210912-028.jpg  

1-    L’intervention de Marc DUFUMIER – « La question agricole concerne tout le monde »

Les enjeux, le contexte mondial, les fausses solutions agronomiques, et les alternatives agroécologiques  justifient un changement de mentalité ; et un virage progressif à 90° de nos pratiques et politiques agricoles.

Parmi les Enjeux mondiaux, lesquels il est difficile de mettre des priorités car tout est à faire à la fois, et sans oublier au nom de l’urgence les générations futures, citons :

- Nourrir correctement une population mondiale croissante.

- Satisfaire une plus grande qualité nutritionnelle, gustative et sanitaire ; et d’autres besoins diversifiés (textile, bois, énergie, parfums, …).

- Sans dommage pour l’environnement ; et sans porter atteinte aux potentialités productives de l’environnement (développement durable).

-  Assurer un revenu décent aux paysans.

-  Enrayer l’exode rural.

 

Dans un contexte mondial perturbé par :

-  Le réchauffement climatique.

-  La fragilisation et la détérioration des écosystèmes : déforestation, érosion des sols, perte de biodiversité, épuisement des eaux de surface et souterraines.

-  L’extension urbaine sur les meilleures terres : perte de l’équivalent d’un département en France tous les 7 à 10 ans.

-  La raréfaction des ressources fossiles (pétrole & gaz et bientôt les phosphates) non renouvelables, qui coûteront de plus en plus cher.

-  Les mouvements migratoires intempestifs ; de plus en plus massifs et internationaux.

-  La pauvreté des paysanneries qui est la cause de la faim et de la malnutrition : Sur 7 milliards d’humains, 1 milliard est sous-alimenté (en dessous des 2200 kcal nécessaires quotidiennement) ; et 2 milliards sont mal nourris car carencés en protéines, vitamines ou minéraux. Or, la production alimentaire mondiale est excédentaire pour nourrir tout le monde ; mais elle est très inégalement répartie.

      o   Le disponible alimentaire = 330 kg d’équivalent céréale / an / par habitant des pays du Nord par rapport à 200 kg au Sud.

      o   Parmi les pauvres mal nourris, les trois quarts sont des ruraux aux revenus insuffisants pour manger, se former, s’équiper (acheter une brouette), se soigner.

-  La concurrence des moyens de production :

     o   L’écart de productivité du travail varie de 1 à 200 entre les pays du Sud (0,5 tonne de production nette / actif / an) et ceux du Nord (100 tonnes).

     o   Sur 1,3 milliard d’exploitants agricoles au monde, 1 milliard ont 1 production limitée par le travail manuel ; 500 millions disposent d’une traction animale ; seulement 28 millions d’exploitants sont équipés d’un tracteur. 

Dufumier-210912-015-copie-1.jpg

La spéculation internationale :

  • - Nos importations de soja sont autant de produits alimentaires soustraits aux besoins de ceux qui meurent de faim ; tout comme les exportations des pays pauvres vers des marchés solvables pour approvisionner les fabricants d’aliments du bétail ou les producteurs d’agro-carburants. Les pays pauvres doivent garder leurs capacités de production vivrière qui ne doivent pas être remplacées par des cultures d'exportation vers les pays riches : monoculture pour un bénéfice à court terme, conduidant à la perte de fertilité des sols, et à l'appauvrissement des populations rurales.
  • - Quand les prix mondiaux flambent (ex. blé), notre générosité alimentaire diminue.
  • - Au cours mondial, le kg de blé est vendu partout au même prix ; donc rémunéré 200 fois moins au Sud qu’au Nord compte tenu de l’écart de productivité. Nos exportations subventionnées de produits alimentaires (dumping sur les prix - ex. blé, poudre de lait, …) concourent à l’appauvrissement des pays pauvres qui devraient au contraire être soutenus et protégés par des droits de douane pour protéger les agriculteurs, et les aider à vivre décemment. 

Aussi, il ne faut pas proposer aux pays du Sud de fausses solutions qui n’intègrent pas toutes les composantes, en particulier les coûts sanitaires et environnementaux :

  • - L’extension des surfaces cultivées au détriment de la forêt : déforestation.
  • - Une recherche génétique rapide, qui a gommé des gênes adaptés aux environnements locaux (longueur du jour et de la nuit – la sensibilité au microclimat - … .) en réduisant le nombre de variétés mises en culture, ou de races élevées.
  • - Le recours à de grandes quantités de produits chimiques (engrais, herbicides, insecticides, fongicides, nématicides, acaricides, …) aboutissant à une perte de biodiversité, et à des prédateurs de plus en plus résistants.
  • - La priorité aux économies d’échelle (grandes exploitations) et aux produits standards industrialisés, adaptés à la GMS (Grandes et Moyennes Surfaces de distribution) : même si le raisonnement est juste au niveau microéconomique.
  • - Une spécialisation exagérée (des cultures industrielles dans une région ; et de l’élevage ailleurs), avec une simplification et une fragilisation extrêmes des écosystèmes : 30 ans d’existence de la monoculture.
  • - La dissociation culture-élevage aboutissant à de nombreux départements à risques : pollution des nappes (ex. champs traités au glyphosate (herbicide) - Perte d’humus – Erosion des sols … .
  • - La perte de biodiversité.
  • - Des déséquilibres écologiques : espèces invasives.
  • - Une mauvaise couverture des sols par la biomasse.
  • - L’érosion et la salinisation des sols.
  • - La pollution des eaux, de l’air, des sols et des aliments.
  • - Les coûts accrus en transport.
  • - L’effet de serre. 

Alors que des alternatives et des techniques agro-écologiques existent pour nourrir le monde et éradiquer la faim :

- Pratiquer une agriculture intensément naturelle et écologique, avec un usage intensif et gratuit du soleil, du carbone et de l’azote de l’air : surtout avec l’augmentation des coûts énergétiques.

Couvrir le sol au maximum, et le plus longtemps possible. Plus aucun rayon de soleil ne doit tomber directement sur le sol sans que son énergie ne soit photosynthétisée par une plante. Eviter le dessèchement des plantes par le soleil et le vent pour laisser les plantes transpirer et permettre les échanges gazeux (fixation du carbone et libération d’oxygène) : brise-vent pour protéger du soleil, du vent, de la pluie – agroforesterie – cultures intercalaires … .

Maintenir l’eau de pluie dans la couche arable.

Associer agriculture et élevage pour travailler le carbone et l’azote en circuit court. Quand une ferme de 100 hectares se libère dans une grande région de culture, autant favoriser l’installation de 3 éleveurs qui trouveront en outre des débouchés pour le fumier, la paille, et la luzerne … .

Avoir recours aux auxiliaires de culture : Insectes prédateurs -  Les haies qui hébergent les insectes et les coccinelles -  Les bandes enherbées pour les scarabées qui mangent les limaces – Des arbres qui puisent les éléments minéraux du sol et qui fertilisent à leur tour les plantes lors de la décomposition des feuilles.

Favoriser les cultures associées avec des plantes faisant ombrage aux cultures intercalaires : Agroforesterie (ex. Noyer / Blé dur) – Des riz à maturité décalée – Association Ray Grass / Trèfle Blanc (méthode Pochon) – Association Vesce / Avoine – Pisciculture associée au jardin et à la basse-cour.

En revoyant les conditions politiques pour une agriculture plus diversifiée et orientée sur nos marchés européens :

  • - Réhabiliter et favoriser l’agriculture paysanne : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
  • - Favoriser des systèmes plus résilients, plus robustes aux aléas climatiques.
  • - L’agriculture peut atténuer le réchauffement climatique en fixant le carbone.
  • - Ne pas surproduire en Europe au détriment des pays pauvres (exportations concurrentielles de blé – poudre de lait - …) ; mais produire mieux (produits plus diversifiés et plus artisanaux - produits transformés avec label et logo) en évitant les externalités négatives.
  • - Favoriser la souveraineté alimentaire des pays pauvres en imposant des droits de douane pour les protéger. La protection aux frontières plutôt que le « libre échange ».
  • - Eviter d’importer des pays pauvres des protéines végétales et des protéagineux en les produisant nous-mêmes en Europe.
  • - Une répartition plus égalitaire des ressources : réforme agraire.
  • - Une gestion concertée des biens communs : eau, pâturages, etc …
  • - Une recherche scientifique agro-écologique en accompagnement des innovations paysannes.
  • - Se préparer à multiplier par 2 la production végétale.

 

2- La Table Ronde et le Débat : L’agriculture bio peut-elle nourrir le monde ?

 

Mr et Mme RUHANT en sont persuadés depuis qu’ils ont abandonné les techniques conventionnelles apprises à l’école, ou transmises par leurs parents. De plus, en convertissant leur exploitation au bio, leur taux de perte est passé de 20-25% avec la Distribution (nécessité de produits calibrés) à 2% en vente directe (tout se vend).

  

Marie BOUCHEZ - A PRO BIO

Une association qui assure le développement économique, et la promotion de l’agro-alimentaire biologique régional.

Par rapport à l’état des lieux 2011 de la région Nord Pas-de-Calais :

  • - Il n’y a pas suffisamment de surface bio pour répondre à la demande.
  • - Les débouchés existent : stables et peu risqués, notamment avec la restauration collective, les cantines, las maisons de retraite.
  • - 7000 hectares en bio dont 1600 en conversion.
  • - 1% de SAU (Surface Agricole Utile) en BIO : soit l’avant-dernière région en France
  • - 300 exploitations bio : soit 2% des exploitations de la région.
  • - +20% de conversion par rapport à 2010.
  • - Productions principales = Légumes et Lait
  • - 100 magasins bio – 43 marchés bio – 10 boulangeries bio – 5 restaurants traiteurs bio.

nb : D'après la revue L'écologiste - n°37 Juillet-Septembre 2012.

Le million d'hectares en agriculture bio a été franchi en France au 1er semestre 2012 avec 23.000 fermes : soit 3,5% de la surface cultivée. En 2007, il y avait 550.000 hectares en bio et 12.000 fermes.

Rappelons que le Grenelle de l'Environnement prévoyait 6% en 2012 et 20% en 2020.



Hélène DEBERNARDI Directrice  régionale adjointe de la D.R.A.A.F (Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt).

La D.R.A.A.F accompagne les actions de l’Etat pour une alimentation sûre ; soutient le développement d’une agriculture durable et de la biodiversité. De plus, elle collecte et analyse des données statistiques.

http://draaf.nord-pas-de-calais.agriculture.gouv.fr/

  • - Au niveau statistique, la SAU (Surface Agricole Utile) moyenne est inférieure à la moyenne nationale.
  • - Région de petites exploitations très diversifiées ; avec 20% de surface en herbe (Avesnois – Boulonnais).
  • - Perte de 2000 hectares /an : soit 33 exploitations moyennes de 60 ha.
  • - Volatilité des prix.
  • - Evolution vers une optique de plus de revenus que de rendement
  • - Des aides existent pour soutenir l’agriculture bio au niveau de l’Etat et de l’Agence de l’Eau.
  • - Un nouveau plan est annoncé courant Octobre 2012 avec soutien au bio, à la recherche de l’autosuffisance ;  et une nouvelle orientation au niveau de la restauration collective et de l’enseignement agricole.

Jean-Louis ROBILLARD Vice Président au Conseil Régional en charge de l’Alimentation, de la Régionalisation de l’Agriculture et de la Ruralité

  • - Tous les acteurs publics (Etat, Région, Conseils Régionaux, Conseils Généraux, Elus Communautaires et Municipaux ) doivent faire converger leurs politiques pour :
    • Accompagner les conversions.
    • Organiser les filières. Exemple au niveau logistique pour produire en région des céréales bio (au lieu d’importer d’ailleurs) pour la production d’œufs bio.
    • Sécuriser les débouchés des entreprises bio : une charte existe, signée par 17 entreprises.
  • - Toutes les exploitations attachées aux lycées sont bio ; sauf TILLOY qui est en système comparé sur 3 plans agro-environnementaux.
  • - Respecter les choix pour une conversion au bio qui s’opère plus ou moins rapidement (3 à 10 ans).  Chacun son chemin ; et accepter d’être patient.
  • - Pas de guerre de religion par rapport à l’agriculture bio.
  • - Le consommateur doit voter avec son caddy.
  • 

Eric JOHN, administrateur et trésorier de Terre de Liens Nord-Pas-de-Calais

Association qui œuvre pour le développement d’une agriculture paysanne ; socialement responsable et économiquement durable

http://www.terredeliens-npdc.org/

  • - Aide à l’installation de primo-accédants sur de petites exploitations favorisant l’emploi, mais pas forcément bio.
  • - Accompagne les porteurs de projets.
  • - Gros problème foncier car peu d’opportunités : 8 cessions en 2011.
  • - Epargne mobilisée : 16 millions d’€ en France dont 1,3 million d’€ en région Nord Pas-de-Calais (5 fermes).

Alain CACHEUX – Vice-président de la Communauté Urbaine de Lille Métropole, chargé de la politique de l’EAU

  • - Je suis surpris par le nombre de participants : Je m’attendais à une trentaine de personnes, par rapport à une estimation visuelle rapide d’environ 200 participants.
  • - L’agriculture n’est pas encore un domaine suffisamment abordé à LMCU.
  • - L’agriculture bio mérite toute notre attention ; et son développement doit être accompagné et renforcé par un nouveau rapport de force.
  • - Souhaite récupérer le support sous powerpoint présenté par Marc Dufumier.
3-    Questions Particulières

Peut-on subventionner le bio pour être plus compétitif, et être au tarif conventionnel ?

  • - Le bio a toutes les raisons d’être plus cher car il rémunère plus de travail.
  • - Possibilité de réduire les coûts en favorisant la proximité des échanges.
  • - L’agriculture conventionnelle, largement subventionnée, coûte très chère par des coûts qui apparaissent ailleurs (aides PAC, dépollution de l’eau, santé, …) : contamination des nappes phréatiques par l’agriculture intensive qui se dit agriculture raisonnée.
  • - Il y a lieu de rééquilibrer les subventions.

Que peuvent faire les Elus pour favoriser l’agriculture biologique ?

Ils peuvent :

  • - S’adresser à leurs députés et députés européens ; ainsi qu’au ministre Stéphane Le Foll.
  • - Relégitimer les aides et la PAC par les fonctions remplies par la bio pour l’intérêt général (air, eau, emploi) des populations actuelles et les générations futures. Subventionner plus en fonction des emplois, et moins en fonction du nombre d’hectares ou des acquis historiques. Malheureusement, la nouvelle version de la PAC apparaît plutôt décevante (simple verdissement des aides). Crédit bio de la PAC = 285 millions d’€ dont 30 pour la Région Nord Pas-de-Calais. (Jean-Louis Robillard ).
  • - Faire de l’éducation au goût dans les cantines.
  • - Donner le droit de consommer dans les cantines des produits bio produits par les exploitations des lycées (problème de l’agrément).
  • - S’intéresser à l’usage prévu des terres acquises par les Collectivités (Alain Cacheux).
  • - Eviter d’être tolérant avec toutes les formes d’agriculture.

Que faire au niveau Métropole pour avancer dans le bio ? 

  • - Jouer collectif au niveau production et commercialisation.
  • Modifier le rapport de force en multipliant les actions de sensibilisation (Alain Cacheux).
  • - S’intéresser aux choix municipaux, et aux programmes des candidats : prochaines élections municipales en 2014.
  • - Eviter les pertes de terres agricoles. Développer les Zones Agricoles Protégées : 1ère ZAP à Boulogne.

 Que peuvent faire les Citoyens ?

  • - Faire du lobbying auprès des Elus pour qu’en restauration collective le choix porte sur le « mieux faisant » plutôt que le « moins disant».
  • - Etre acteur du changement en votant avec son caddy.
  • - Etre plus citoyen : moins consommateur et devenir consomm’acteur.

 

En conclusion :

  • - Finalement l’agriculture biologique, c’est pas nouveau. C’est l’agriculture naturelle d’avant.
  • - Les solutions techniques existent.
  • - Nous vivons une époque de transition où existent déjà des racines pour l’avenir.

Pour aller plus loin :

Le livre de Marc Dufumier : « Famine au Sud, Malbouffe au Nord » - Comment le bio peut nous sauver – Edition du NiL.

 

Une synthèse sur le site Verlin vers L'Autre : link

 

Revoir l'émission d'Arte = "Les moissons du futur" : link

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Published by Verlinghem Autrement - dans Développement Durable
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