L'objectif du blog est d'informer et de communiquer avec les Verlinghemmois; et d'inciter aux actions citoyennes du Développement Durable : une économie circulaire et collaborative, inspirée des écosystèmes naturels qui recyclent tout.
Un rappel à tous nos auditeurs, la démocratie çà coûte cher ?
Oui, chacun en conviendra. Dormir au Formule 1 dans la zone industrielle de Roubaix ne peut se comparer avec une nuit au Danieli (Hôtel de luxe 5 étoiles), le légendaire palace vénitien à 2 pas de la place Saint-Marc. Au Formule 1 quand on s’éveille pour avoir une boisson chaude, noire et amère, il faut glisser sa carte de crédit dans un monnayeur qui ne peut pas lutter avec le maître d’hôtel du Danieli qui apporte votre expresso italien, ouvre les rideaux, vous fait couler un bain. C’est la raison pour laquelle, si j’étais candidat à la Présidence de la République, mon programme serait simple. Avec moi, plus personne au Formule 1, tout le monde au Danieli. Faites le choix du luxe ! Abats la fenêtre qui donne sur La Halle aux Chaussures. Vive la vue sur le Grand Canal.
Vous plaisantez. Tout le monde n’a pas les moyens. Ce n’est pas sérieux Philippe ?
C’est très sérieux au contraire. Je suis tout ce qu’il y a de plus sérieux. A l’époque, j’étais reporter de presse : après avoir séjourné en Chine, dans un pays de l’Est, dans un pays africain où régnait un dictateur sanguinaire avec des lunettes noires, ou dans un pays où il fallait choisir entre la peur des islamistes et la peur des militaires, ou la Turquie où mes confrères journalistes tremblaient pour leurs familles lisant leurs articles. Lorsque je rentrais en Europe, vous avez l’impression d’arriver dans un hôtel de luxe. Chaque fois, j’ai mesuré combien étaient précieuses nos institutions protectrices auxquelles nous sommes tellement habitués que nous croyons qu’elles sont normales et naturelles. Or, c’est le contraire. Elles sont exceptionnelles et culturelles.
En gros, vous comparez la planète à un parc hôtelier ?
Exactement. Et si la planète est un parc hôtelier, l’Europe de l’Ouest est le Danieli du monde. Tout n’y est pas rose, loin de là. Mais, comparé au reste de la planète, nous vivons dans un palace. En temps de paix, ce luxe de liberté et de sécurité coûte très cher. Il n’est pas parfait. Il n’est pas exsangue d’injustices sociales que les combats politiques ont l’ambition légitime de corriger. Mais lorsque c’est la guerre, ce luxe de liberté et de sécurité se met à coûter encore beaucoup plus cher. Chacun le comprend plus ou moins obscurément. C’est une guerre très longue qui commence. La planète est d’ores et déjà séparée en 2 axes qui sont 2 visions du monde incompatibles. D’un côté, les régimes autoritaires qui ne dépensent pas 1 centime pour la sécurité et la liberté de leurs populations, mais investissent pour réprimer dedans et menacer dehors. De l’autre côté, les démocraties pluralistes et les institutions protectrices des libertés coûtent une fortune. La guerre en Ukraine, quelle que soit son issue, n’est que le 1er acte d’une guerre de civilisation entre l’axe des régimes autoritaires ou idéologiques et celui des régimes libéraux et laïcs. Bien que la démographie fasse pencher la balance du mauvais côté, il faut parier que la liberté finira par l’emporter et que le désir de bonheur et d’insouciance l’emportera sur les tyrannies. Mais d’ici là, ne doutons pas que nous aurons à faire de nombreux sacrifices.
Si je vous ai bien compris, l’époque où les lycéens défilaient dans les rues pour la retraite à 60 ans, c’est une époque révolue ?
Oui, c’est révolu. Nous sommes condamnés à prendre conscience que si on veut continuer à vivre dans le palace des droits humains et de la liberté d’expression, il va falloir provisoirement baisser le chauffage et économiser l’eau chaude. C’est pourquoi en France, il y a quelque chose d’obscène dans certains discours politiques et syndicaux qui s’insurgent contre le coût social des sanctions contre la Russie. Quand Poutine éventre les villes ukrainiennes sous le regard complaisant de Xi Jinping, consentir à une baisse de pouvoir d’achat pour sauver les 27 étoiles de notre résidence, n’est-ce pas la moindre des choses ?
Effectivement, la question se pose. Merci beaucoup Philippe.
https://www.europe1.fr/emissions/L-interview-de-7h40
CR cocqueel.jeanpaul@bbox.fr